Les coulisses de la création du livre audio : le comédien Loïc Richard raconte

Nous avons demandé au comédien Loïc Richard, lecteur de nombreux livres chez VOolume dont Les mystères de Paris, d’Eugène Sue et, tout récemment, La Voie de l’eau, de JL Sivert, de nous faire partager son expérience de lecteur audio.

Décrivez-nous votre parcours de comédien

Avant le travail de comédien, j’ai découvert la scène quand j’étais enfant par l’école de cirque et en faisant de la figuration sur des opéras. La passion des planches était née, et ne m’a plus lâché ! J’ai suivi des cours de théâtre à l’adolescence, fait des études de lettres puis une formation pluridisciplinaire à l’Académie Internationale des Arts du Spectacle, à Versailles. Depuis, je continue à me former au chant, à la danse… tout en travaillant avec plusieurs compagnies, comme la Cie Avanti. Je joue principalement des grands classiques (Molière, Beaumarchais, Shakespeare…) et de nombreux spectacles à destination du jeune public. Depuis 2016, je collabore avec l’Opéra de Bordeaux pour présenter des spectacles de découverte du monde de l’opéra et de l’orchestre. Nous avons également formé avec des danseurs et des musiciens un collectif pluridisciplinaire qui présente des projets et des spectacles très variés, le Collectif Le PAGE. Enfin, j’ai eu ma première expérience de cinéma en jouant un rôle aux côtés de Marina Foïs dans L’Année du Requin, un film qui sortira l’été prochain.

Tous les comédiens ne font pas des livres audios. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à devenir lecteur de livre audio ?

Ma passion de la lecture remonte à l’enfance : quand il fallait lire à voix haute en classe, j’étais toujours volontaire ! Difficile d’expliquer pourquoi, mais c’était et c’est encore un vrai plaisir. Aujourd’hui, j’adore l’idée d’être un passeur, un média, de donner corps aux mots d’un auteur. La proximité du micro nous oblige à être le plus juste possible, le plus près possible de la pensée de l’auteur. Si on s’en éloigne, cela s’entend tout de suite. Pour moi, cette quête constante de la vérité de l’auteur est un défi passionnant ! Et à la grande différence du théâtre ou du cinéma, je peux être n’importe qui ! Dans Les Mystères de Paris par exemple, je me régale à prêter ma voix à une concierge sexagénaire, à un bagnard au cœur tendre ou à une jeune ingénue de 16 ans. Tout ce que je ne pourrai jamais jouer sur scène !

Comment vous préparez-vous avant une session d’enregistrement ? Et le jour J, avez-vous un rituel particulier ?

Avant tout, je lis attentivement le livre en question, je relève les passages qui s’annoncent compliqués (comme les très longues phrases), j’essaie d’anticiper la logique de l’auteur pour savoir où le récit emmène le lecteur… Pendant la lecture, j’essaie de bien définir la voix de chacun des personnages, de la maîtriser afin de pouvoir la ressortir dès qu’une réplique apparaît. Je crois que c’est la partie du travail en amont que je préfère !

Puis je fais attention à protéger ma voix les jours qui précèdent un enregistrement, j’évite les endroits trop climatisés l’été ou les sorties par grand vent l’hiver… Le jour J, je fais quelques échauffements vocaux, je lis à haute voix un bon quart d’heure avant de me rendre à l’enregistrement pour préparer mes cordes vocales à une longue lecture. Le plus dur pour moi reste quand même de ne pas pouvoir boire de café ! Ça m’assèche le palais et ma diction s’en trouve moins précise. À la place, je bois une bonne quantité d’infusion de thym, et mes cordes vocales restent au chaud et bien hydratées. D’autres ont plus de chance et n’ont pas toute cette préparation à fournir, et je les envie ! Mais j’ai une voix qui reste fragile : il y a quelques années, elle « craquait » encore beaucoup comme chez un adolescent de 16 ans (j’en ai bientôt 33…). Alors je préfère faire attention.

Qu’est-ce que vous considérez comme difficile dans cet exercice de lecture ?

L’endurance. Lire pendant toute une journée, de 6 à 7h par jour peut être épuisant. Les cordes vocales ne suivent plus, les yeux s’embrouillent, le cerveau ne répond plus… Quelle que soit la qualité de ce qu’on lit, c’est assez éprouvant. C’est un vrai petit marathon et il n’y a (à ma connaissance) aucune formation pour cela. Reste l’entraînement régulier, à pratiquer à son rythme et dans les moments où c’est possible.

Quelles compétences de votre profession de comédien sont les plus utiles lors de la lecture d’un livre audio ? 

Je crois que la compétence incontournable pour une lecture de livre audio en tant que comédien c’est précisément la justesse. Le micro ne pardonne rien, et si l’on s’éloigne de cette « mission » d’être le plus vrai possible, l’écoute ne suit plus. C’est de toutes façons le socle commun à toutes les formes du travail de comédien, que ce soit sur scène, derrière une caméra ou un micro. Être le plus juste possible, le plus sincère, sans utiliser d’artifices… c’est un exercice délicat, et il faut pouvoir le mettre en application 6h d’affilée.

Et d’autre part, il y a aussi tout simplement le plaisir. C’est en prenant du plaisir à lire qu’on offrira un plaisir d’écoute à l’auditeur. Rien de pire qu’un narrateur qui s’ennuie ! Alors, quand le texte ne nous inspire pas énormément, il faut aller chercher les ressources là où elles sont pour rendre la lecture agréable.

Quel livre rêveriez-vous de lire ?

J’adorerais parvenir à enregistrer l’intégralité des Mystères de Paris, évidemment ! Je me suis attaché à tous ces personnages dont on suit les aventures comme dans une série Netflix, même si cela relève d’un sacré marathon de toutes les enregistrer ! J’ai la chance d’avoir déjà pu enregistrer un grand classique, un policier, un roman de SF… j’aimerais pouvoir ajouter à la liste un roman historique, comme Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot.

Voir dans la même série :

Le témoignage de la comédienne Françoise Goubert-Cheritel

Le témoignage du comédien Frédéric Kneip

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *