« Ça n’est pas évident pour l’auteur de lâcher prise »

vaguelette rouge

publié le 1 décembre 2020

Catégorie : Nos actualités

Créer un livre audio ? Marc Lebreton nous raconte le processus qui l'a amené à enregistrer un livre audio et à le publier.

Après avoir partagé son premier roman "Un plan maudit" sur la plate-forme collaborative MonBestseller.com , Marc Lebreton a décidé de franchir le pas et d'enregistrer puis de publier une version audio de son roman. Son thriller "Un plan maudit" est disponible sur le site de VOolume et sur les principales plates-formes : Audible, Kobo, Book d'oreille...

Quand avez-vous commencé à écrire et pour quelles raisons ?

J’ai toujours eu envie d’écrire, sans être, pendant longtemps, passé à l’acte. En 1972, j’avais 12 ans, quand j’ai commencé à griffonner quelques pages. Mon héros s’appelait Johnny Gladius et il était question de turbotrain, un train propulsé par une turbine.

Ma tentative la plus sérieuse fut vers 1990, à l’âge de 30 ans, pour raconter l’histoire de la première mission internationale habitée vers Mars. J’avais amassé de la documentation, défini mes personnages avec assez de précision, puis écrit les trois premiers chapitres. Finalement, j’ai tout laissé tomber, pour me lancer pendant 5 années, dans des cours du soir et dans une reconversion professionnelle. J’ai quitté le monde de l’administration pénitentiaire où j’ai travaillé pendant 10 ans pour découvrir celui des services du Premier ministre, où je pilotais le site internet du ministère de la fonction publique.

Pour autant, je n’en avais pas fini avec ce rêve d’écriture. Un scénario a tourné en boucle dans ma tête pendant plusieurs années, comme si j’avais la poudre, mais qu’il me manquait l’allumette.

En 2016, à l’âge de 56 ans, Michel Roberge, un ami québécois m’a envoyé son premier roman par La Poste : « Zébrures écarlates ». Quand j’ai fini de le lire, je me suis dit : s’il peut le faire, moi aussi ! D’une certaine manière, et sans le vouloir, c’est lui qui a craqué l’allumette et permis le lancement de la « fusée », c’est-à-dire l’écriture d’Un plan maudit, mon premier roman.

Vous avez choisi de publier votre premier texte sur monbestseller.com. Pourquoi ?

J’ai terminé l’écriture d’« Un plan maudit  » en décembre 2019, puis l’ai envoyé à un nombre certain d’éditeurs, sans qu’il se passe quoi que ce soit pendant plusieurs semaines, à l’exception de la réception de quelques refus courtois.

Une personne qui travaillait dans l’édition, m’a soufflé de le proposer gracieusement sur monBestSeller (mBS), ce que j’ai fait le 19 avril 2020. Le mettre en partage, alors que je songeais à trouver un éditeur, n’a pas été une démarche immédiate et évidente pour moi, mais je ne regrette pas d’avoir donné suite à cette judicieuse suggestion, car cela m’a permis d’aller à la rencontre de mon public. Les commentaires très positifs des lecteurs m’ont mis en confiance pour poursuivre cette quête d’éditeur.

La décision de le mettre sur mBS a été prise postérieurement à l’écriture du roman, elle n’a donc pas eu d’influence sur l’écriture elle-même. Sur le site, certains lecteurs ont relevé quelques fautes ou coquilles que j’ai corrigées, sans toucher à la structure. Une personne en particulier a été perturbée par le 26e chapitre, qui, d’après lui, ne s’inscrivait pas dans l’intrigue. Il se trouve qu’en privé, d’autres m’avaient fait la même remarque. Néanmoins, je n’ai pas voulu changer la structure du récit, car dès le départ, j’ai eu à cœur que ce roman ne soit pas uniquement un divertissement, mais qu’il éclaire le lecteur sur certains sujets, comme le développement durable évoqué dans le 26e chapitre par exemple.

Il faut dire que cette dialectique entre lecteur et auteur n’était pas une chose nouvelle. Lors de la genèse du roman, j’ai eu à maintes reprises, l’occasion de remanier mon roman, à la suite des observations formulées par mon « comité de lecture », un petit organe informel composé d’un nombre restreint d’amis, animés d’intentions bienveillantes, mais qui ne s’interdisaient pas de critiquer le projet de manière constructive.

J’ai tenu compte de nombreuses remarques, mais pas de toutes, souhaitant rester libre de mes décisions. Brigitte, la personne qui m’a accompagné le plus étroitement dans ce projet, m’avait suggéré de supprimer le passage sur les éléphants d’Hannibal, qui s’apparentait, d’après elle, à une inutile digression qui ne servait pas l’intrigue. Elle trouvait que j’ouvrais de trop nombreuses portes et que ça nuisait à la qualité de l’ensemble. Elle avait raison d’une manière générale, mais j’ai tout de même conservé la partie sur les éléphants. Plus tard, une autre personne de ce petit comité m’a indiqué que c’était la partie du livre qu’elle avait préféré…

Vous avez la particularité d’être auteur indépendant. Qu’est-ce que ce statut apporte à votre expérience d’écrivain ?

Je ne me considère pas encore comme un écrivain. Pour cela, il faudrait que j’ai écrit au moins trois livres et qu’ils aient connu un peu de succès. Est-ce que cela m’a apporté quelque chose dans mon expérience d’auteur ? Je distingue deux phases très distinctes : l’écriture puis l’accompagnement du roman.

Dans la phase d’écriture, la liberté qui a été la mienne a été complète, puisque ma démarche ne répondait à aucune commande extérieure. Je n’étais guidé que par ma propre exigence, et aussi, un peu, par celle de mon comité de lecture. Bénéficier de regards extérieurs est précieux et peut éviter de se perdre dans les digressions par exemple ?. Il faut malgré tout disposer de sa propre boussole et ne pas trop se laisser guider par les autres. Il y a un équilibre à trouver entre apports extérieurs et capacité à garder son cap. Pas assez d’apport, vous prenez le risque de vous échouer, trop, de tourner en rond, car vous n’êtes plus le pilote.

Dans la phase de promotion, le fait d’être un auteur indépendant a un coût : vous êtes seul, vous ne disposez pas du savoir-faire requis pour faire la promotion de votre roman, et vous maîtrisez rarement les arcanes des réseaux sociaux. Vous cherchez seul votre chemin, loin de la maîtrise et des connaissances des éditeurs, de leurs réseaux et de leur efficacité. Vous risquez de vous perdre, de vous décourager.

Pourquoi avoir choisi de publier votre livre sous format audio ?

Depuis décembre 2019, date à laquelle j’ai terminé l’écriture du roman, j’ai voulu mettre du carburant dans la fusée, en cherchant des moyens d’avancer et de faire connaître mon livre. J’ai commencé par contacter de nouveaux éditeurs par exemple.
Face à l’absence de réponse positive, j’ai souhaité ne pas rester inerte et avancer. Mais pour faire quoi d’autre ?

C’est un concours de circonstances qui m’a amené au livre audio. J’ai envoyé le lien qui pointe vers mon roman sur mBS à de nombreuses personnes, dont l’une était mon cousin, Frédéric Kneip. Il est comédien et prête sa voix depuis une dizaine d’années pour réaliser des livres audio que l’on trouve sur les plates-formes spécialisées. Voici la bande démo de Frédéric. Après la lecture d’« Un plan maudit », voilà ce qu’il m’a dit en substance :

– J’aime beaucoup ton roman, j’ai fait des tests à voix haute sur plusieurs passages et ça fonctionne très bien. Est-ce que tu veux que je te mette en contact avec une structure qui produit des livres audio ? C’est ainsi que j’ai pris contact avec Alice Bonneville, la responsable de la maison d’édition avec laquelle il travaille : Voolume.

Pour être honnête, j’étais hésitant, car faire un livre audio nécessite un investissement de quelques milliers d’euros et que j’avais zéro culture du livre audio. Pour moi, c’était juste un marché de niche pour des personnes malvoyantes. Je ne savais pas que dans les pays anglophones, cela représente entre 20 et 30 % du marché du livre et que ça a bien progressé en France depuis la pandémie.

Pour me faire une idée, j’ai donc commencé par écouter deux livres audio, le premier lu par mon cousin, Starship Troopers de Robert A. Heinlein, le second lu par Patrick Descamps, un autre comédien, pour Les Piliers de la terre de Ken Follet. Dans les deux cas, j’ai été séduit, et ai finalement décidé de me jeter à l’eau.

Les étapes de la création du livre audio

Au démarrage, un dialogue franc s’est établi avec Alice, qui a gagné progressivement ma confiance, d’autant plus qu’elle n’a pas cherché à me mettre de pression. On s’est adopté mutuellement. Elle aussi avait besoin de croire au potentiel du projet et devait apprécier ma capacité à « pousser » mon roman.

Première étape : créer un visuel

Dès la signature du contrat, une graphiste qui travaillait pour les éditions Voolume s’est lancée dans la réalisation d’un visuel (format carré pour distinguer les livres audio), sur la base de mes préconisations :
- Un coureur qui court de nuit dans la forêt, que ça génère une atmosphère anxiogène, car il s’agit d’un thriller.

Je suis heureux du résultat. Je trouve que ce visuel soutient bien la comparaison avec celui des autres romans audios. Ça n’est pas inutile, face à des auteurs renommés.

Deuxième étape : s’acculturer aux réseaux sociaux

VOolume m’a demandé de créer ma page auteur. Vu mon âge vénérable,  je n’avais qu’une connaissance assez sommaire de Facebook. Il a fallu que je me secoue un peu le « popotin » pour rentrer davantage dans cet univers, pour maitriser progressivement les outils.

Naïvement, on serait tenté de croire, que son livre va pouvoir progresser en s’appuyant sur ses seuls mérites. La réalité se charge de nous faire changer d’avis assez rapidement. Lorsque vous travaillez à la création d’un livre audio, une maison comme VOolume vous apprend à faire des post sur Facebook, à construire un plan de communication. C’est un savoir faire qui va vous servir ultérieurement pour avancer tout seul.

Troisième étape : l'enregistrement audio

Il faut aussi évoquer l'intérêt artistique de la démarche. Faire un livre audio est une opportunité de faire vivre et de partager son roman sous une nouvelle forme, auprès d'un autre public. C’est une aventure en soi, qui s’inscrit comme une nouvelle tentative, dans l’espoir d’être un jour édité.

Dans un tel projet, la qualité du résultat dépend largement de son propre niveau d’investissement. VOolume avait besoin d’être challengé pour donner le meilleur, à condition aussi de savoir où se trouve la limite. Il y a un équilibre à trouver.

Qu’est-ce qui m’a étonné dans le processus ?

Avant de lancer définitivement l’enregistrement, Frédéric a fait des tests de voix que j’ai dû valider. De quoi s’agissait-il ? En fonction de la représentation qu’il se faisait de quelques personnages principaux, il leur donnait à chacun, une voix. Je devais dire si elles me convenaient ou s’il fallait faire des modifications. Une fois que vous donnez votre feu vert, vous confiez les clés du camion au comédien. Il réalise tout l’enregistrement d’une seule traite.

Ça n’est pas évident pour l’auteur de lâcher prise, alors que depuis le commencement de l’écriture, on est dans le contrôle. Il faut faire confiance, il n’y a pas le choix !

Le comédien est libre de son interprétation, il n’y a pas de retour en arrière possible. C’est pourquoi, il faut bien le choisir. Bien sûr, nous avons corrigé quelques points, tel un accent russe trop prononcé par-ci, la mauvaise voix sur un personnage dans un dialogue. Néanmoins, pas moyen de revenir en arrière sur le choix de la voix prêtée aux différents personnages.

Au final, je suis satisfait du résultat. A l'instar de Paul Verneuil, le personnage principal de « Un plan maudit », j’ai le sentiment d’avoir pris des risques et d’avoir vécu une aventure. Je suis heureux d’avoir fait ce livre audio. Un lecteur de MBS a souligné dans son commentaire, la magistrale interprétation de Frédéric Kneip.

J’espère que ces propos vous auront éclairés, notamment si vous avez un projet de livre audio. Je vous souhaite d’y trouver autant de satisfaction que moi.


Pour en savoir plus

Le livre de Marc Lebreton est désormais disponible en format ebook et broché sur Librinova

Voir aussi l'expérience de l'auteure Véronique Meurou, qui a enregistré elle-même son livre audio

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