Les dessous de la création du livre audio : l’ingé son

Nous remercions la journaliste et auteure Françoise Simpère de nous avoir autorisé à reprendre ici l’un des articles de la série « Les dessous créatifs » publié sur son blog Jouer au monde.

(Illustration Anaïs Dubuet)

La prise de son est souvent le parent pauvre des budgets de tournage, au motif que la technologie moderne a fait tant de progrès que… Sauf que le son, c’est bien autre chose que l’enregistrement des mots ou des bruits. C’est l’écoute avant tout, et comme le dit Benoît Cheritel: « on n’entend pas tous la même chose. » C’est la raison pour laquelle, sur les livres audio Voolume, deux ingé sons interviennent, chacun avec ses oreilles et son savoir-faire.

BENOÎT CHERITEL, dit BEN : SAVOIR QUOI ÉCOUTER.

Musicien, compositeur, et titulaire d’un BTS audiovisuel axé sur le son,

Benoît Cheritel travaille en régie son pour des concerts, des spectacles sur scène et du travail en studio. Le son… un domaine souvent négligé en France, ce qui se remarque dans certains téléfilms ! Quand le réalisateur est captivé par l’image et le jeu des comédiens, c’est à l’ingé son de lui faire remarquer le ronron d’un frigo, un bruissement de feuilles ou le bouton de chemise d’un comédien qui cogne sur son micro.
Pour un audiolivre, Ben fait un pré-réglage pour que le comédien ou la comédienne s’entende au casque et perçoive ses indications. Il choisit ensuite le micro en fonction du timbre de la voix et fait quelques essais selon la « couleur sonore » souhaitée par l’éditrice.

Pendant l’enregistrement, le maître mot est l’attention

Prendre garde aux « sifflantes » (les « s ») aux syllabes qui chuintent désagréablement, aux consonnes « p » « b » qui font vibrer la membrane du micro et peuvent donner des sons désagréables, aux mouvements du comédien qui peuvent l’éloigner ou le rapprocher du micro, faussant le réglage. Si un bon rythme s’installe, Ben laisse dérouler la lecture et réenregistre ensuite les passages défectueux (hésitations, bafouillement, voix qui racle), parfois il préfère reprendre immédiatement un passage, surtout si l’erreur a perturbé la concentration du lecteur.
Toutes les heures, une pause est nécessaire pour évacuer la tension née de l’attention, souffler un peu, boire un verre d’eau… L’idéal est cependant d’enregistrer le livre en une journée, en tenant compte des interprètes dont la voix est meilleure le matin, ou meilleure le soir.

Après l’enregistrement, Ben monte le texte et le dépoussière en enlevant les bruits de fond, les raclements de gorge, les respirations trop bruyantes :

« J’essaie de me mettre à la place de la personne qui écoutera. Un texte trop nettoyé, sans aucun son parasite- comme le souffle du comédien- peut devenir froid et artificiel. La question est : que faut-il ou non gommer ? La tendance actuelle est d’uniformiser le son pour qu’il soit « nickel », c’est parfois dommage. »
Ensuite, les fichiers en format AIFF sont envoyés à l’éditrice qui fait appel à un second ingénieur du son pour la mise en forme finale : ré-écoute complète du livre audio pour s’assurer que tout le texte a bien été enregistré, correction à la main des bruits résiduels : bruits de bouche, de clavier, grincements de chaise, cliquetis d’un ongle sur une tablette. Ajout ou suppression de silences, éditions des tags (informations du fichier son), titrage des fichiers selon la nomenclature des plates-formes, chapitrage et conversion des fichiers en format MP3 aux normes de diffusion.
On l’aura compris, le son est bien autre chose qu’un micro qui enregistre!

 

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