Aude Selly revient sur son burnout à l’occasion de la sortie de son livre audio

Livre audio "Quand le travail vous tue"


Aude Selly, auteure du livre « Quand le travail vous tue », revient sur son burnout à l’occasion de la sortie du livre en format audio. Elle nous décrit les signes avant-coureurs qui doivent alerter ainsi que l’évolution de la prise de conscience du phénomène en France et dans le monde.

Vous avez publié votre livre en 2013. Aujourd’hui, vous considérez-vous guérie de cette expérience ?


Oui, aujourd’hui, je suis heureuse de dire que je le suis. J’en suis certaine car je suis capable d’évoquer cette histoire, de la raconter, de la citer en exemple sans avoir mal et , pour moi, c’est le signe que je suis passée à autre chose. Cela ne veut pas dire que j’oublie cette période mais je me sens forte et sereine grâce au cheminement long et progressif . J’ai compris pourquoi je me suis effondrée, et maintenant que j’en suis consciente, je connais mes limites. Je sais reconnaître les signes avant-coureur du stress chronique. Je sais me dire « Stop, ralentis, prends une pause ». 

Vous avez publié, en 2019, un autre livre sur votre expérience qui s’intitule « Renaissance : il y a une vie après le burnout ». Pourquoi ce besoin de continuer à témoigner ?


Je m’en suis sortie après 18 mois d’arrêt maladie et une reconstruction qui a été progressive. De très nombreuses personnes qui ont, sans, aucun doute, lu mon histoire ou entendu mon témoignage de victime m’ont contactée et demandé comment je suis parvenue à m’en sortir. C’est la raison principale de ce dernier livre. J’ai voulu partager mon parcours et mes réflexions plus globales sur le sujet de l’épuisement professionnel. J’ai raconté les hauts et les bas car la reconstruction est une véritable épreuve. Je voulais que les gens aient l’exemple que l’impossible est possible. Je suis une personne lambda. Si j’y suis parvenue, d’autres y arriveront. C’était essentiel à mes yeux car si l’on ne fait pas le travail individuel nécessaire, il y a un risque de rechute de 30 à 40%. Ce cheminement demande du temps et ne doit pas être pris à la légère.

Y a-t-il, en France, une prise de conscience de ce qu’est le burnout ? Avons-nous du retard par rapport à d’autres pays ?


Une prise de conscience dans le sens où on en entend plus parler, sans aucun doute. Lorsque j’ai fait ma tentative de suicide, arrivée au bout du processus de l’épuisement, on en parlait très peu voire pas du tout.  C’était en 2012. En 9 ans, les choses ont évolué. Aujourd’hui, si on n’a pas entendu parler de « bonheur au travail », de « bien-être au travail », de « mieux-être au travail », de « risques psychosociaux », de « labels », de « baromètres de satisfaction », c’est vraiment qu’on vit en ermite ! Des postes comme celui de CHO (Chief Happiness Officer), dont on questionne parfois l’utilité, émergent.

Mais qu’en est-il vraiment dans la réalité ? La crise sanitaire et le passage quasi immédiat au 100% télétravail est un excellent pouls. On s’interroge depuis des années sur les conditions de travail en présentiel.

Depuis le mois de mars 2020, le travail s’effectuant à la maison, qu’en est-il des conditions nécessaires pour réaliser mon travail à distance ? Il y a encore du chemin à faire en France. De nombreux employeurs n’ont pas confiance en leurs collaborateurs et c’est un terreau à faire apparaître du stress, de la démotivation, du présentéisme. Le présentéisme est l’inverse du concept de l’absentéisme. Il signifie que l’on est au travail physiquement et mentalement alors que notre état de santé nécessiterait de « non-travailler » pour se reposer et être productif. 58% des salariés et 56% des managers sont en détresse psychologique et cela a une répercussion sur le travail. C’est un mal qui va durer des années.

Il y a des pays qui sont plus en avance, qui osent. L’Allemagne et l’Angleterre ont une vraie culture du travail efficace puisque « rester après 17h c’est mal s’organiser ». Donc oui, nous avons du retard, ce qui ne veut pas dire qu’on ne fait rien ! L’essentiel est d’être dans un état d’esprit d’amélioration continue et  que les entreprises se lancent.

Y a-t-il des différences notables entre hommes et femmes lorsqu’on parle de burnout ?


Pas vraiment, si ce n’est la capacité de recherche de l’aide et du soutien. Les femmes ont beaucoup plus tendance à se confier, à s’exprimer alors que beaucoup d’hommes restent sur un positionnement institutionnel « je suis un homme donc je ne peux pas montrer ma faiblesse ». Le statut de dirigeant et manager provoque très souvent ce mode de pensée.

C’est ce qui est problématique puisque les profils des victimes potentielles sont celles qui s’investissent, s’impliquent, aiment leur métier (au départ).
Il y a une donnée qui perturbe fortement la gestion du processus de l’épuisement professionnel : le déni.  Tout le monde en parle mais je veux le nuancer car dans la société actuelle, le déni est lié à la culpabilité.
À qui puis-je en parler ? Vers qui me tourner ? S’il n’y a pas d’expression possible ou pas de confiance pour le faire, on préfère se taire et aller au-delà de la fatigue, « faire avec et on verra bien »

C’est pour ça que j’insiste sur le fait que tout le monde est concerné, quel que soit l’âge, le sexe, le métier, le secteur, le statut.

Voyez-vous des changements concrets au sein des entreprises par rapport à la cause que vous défendez ?


Oui, fort heureusement. Les entreprises n’ont plus le choix. En 2025, 75%  de la population active aura entre 20 et 40 ans. C’est une génération qui considèrera le bien-être comme un critère prioritaire pour choisir l’entreprise dans laquelle ils voudront travailler (et rester !). Pour le bon fonctionnement de l’entreprise, il faudra avoir une politique sérieuse et efficace du management de la qualité de vie au travail.

Quels sont les symptômes du burnout ? Quelles sont vos recommandations par rapport à cette situation ?


Je dis souvent que le burnout est la phase ultime et catastrophique du stress chronique. Notre organisme est une formidable machine. Les hormones qui sont secrétées pour faire face à une situation de stress ponctuel reviennent à la normale. Lorsque la situation de stress se prolonge, le corps ne peut plus les réguler, il surchauffe et envoie des signaux. Il y a dégradation de la santé physique, mentale, émotionnelle et comportementale.

Le 1er signal est forcément physique. Ce sera, dans la majorité des cas, les troubles du sommeil, le mal de dos, les maux de ventre, les palpitations…
Les signaux d’alerte de l’effondrement sont :
– La perte de la motivation au travail,
– Une fatigue intense,
– Des conduites addictives « pour tenir » type surconsommation de tabac, d’alcool, d’anxiolytiques, de drogue,
– Un changement de comportement : « Je ne me reconnais plus » ; « On ne me reconnait plus »

Ecoutez-vous souvent des livres audio ?


Il y a quelques années, j’étais contre. Je suis une adepte des livres papier, d’autant plus que j’écris. Mais j’ai testé et je trouve que c’est une autre façon de s’approprier les histoires. Il y a probablement un côté régressif mais vraiment positif. Ça me rappelle quand on me racontait des histoires quand j’étais enfant ! Les émotions sont toujours présentes, c’est ce que je redoutais. Aujourd’hui, j’ai un abonnement chez Audible et je prends beaucoup de plaisir à sélectionner mon livre du mois !

Pour aller plus loin :

Le livre audio de Aude

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